Notre-Dame-De-Paris, un réseau public au service d’une restauration

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« Incendie de Notre-Dame de Paris : l’enquête s’annonce compliquée », 16 avril 2019. [en ligne] https://www.lemonde.fr/. Photographie de Jean-Claude Coutasse -French Politics

L’incendie de la cathédrale parisienne a provoqué l’émoi. La perte irrémédiable d’une silhouette bien connue est dure à accepter. Mais, c’est aussi l’occasion d’explorer les ressources, presque, inextinguibles – elles – que le réseau public de la conservation du patrimoine offrent pour maintenir une mémoire accessible.

Ainsi, au cœur de ce chaos, ce n’est pas nécessairement l’inquiétude qui devrait nous saisir.

Avant toute chose, il faut dire qu’une église qui brûle…Comment dire ? À l’échelle de l’histoire de ces monuments, c’est banal.

À ce propos découvrez le “Thread” d’ Actuel Moyen Âge @AgeMoyen :

Actuel Moyen Âge est le fruit du travail de doctorants, historiens et médiévistes.

Cet article ne vise pas à diminuer la catastrophe mais à souligner l’existence d’un réseau, depuis quelques temps constitués, de personnes et de services qui ont l’expérience et la méthode pour s’attaquer à ce chantier.

POURQUOI UN SERVICE PUBLIC POUR LE PATRIMOINE ?

La disparition a vraisemblablement fait remonter quelques souvenirs d’enfance aux parisiens. Déjà, dans les premières réactions, alors que le brasier était encore fumant, se tracent un récit commun et populaire autour de cette cathédrale. Le patrimoine est à la fois une affaire intime et partagée avec d’autres. Petites communautés qui s’élargissent, se partagent ou se reforment pour évoquer ensemble pourquoi cette cathédrale les touchent ; les parisiens qui « croisent » chaque matin la flèche de la cathédrale, les lecteurs de Victor Hugo ou bien encore les fans d’Hélène Ségara.

À ce sujet écouter :

Ainsi, le patrimoine c’est :

“Un fond destiné à la jouissance d’une communauté élargie”
Françoise Choay, L’ Allégorie du Patrimoine, 1992

L’État français remet dans les mains d’établissements publics, servant des missions d’intérêt général, la charge de sauvegarde, de conservation et de protection du patrimoine.
C’est la logique d’une république démocratique ; forme de gouvernement que nous avons, pour le moment, établi en France. Si le gouvernement est au peuple, pourquoi remettre à des groupes particuliers ; le choix de l’héritage à transmettre ?

C’est une première partie de réponse. La deuxième partie pourrait être de souligner l’intérêt scientifique de donner ces missions à un service public. Car, en théorie, l’information est accessible et sa collecte est continue. Cela fait deux avantages non négligeables pour avoir des données exploitables pour restaurer un bâtiment.

À suivre, un panorama rapide de ces établissements du service public.

Chic, on a des formations en architecture historique !

En France, nous disposons d’un réseau d’écoles publiques spécialisées pour former à l’étude et à la restauration de l’architecture historique.

L’ école de Chaillot

Elle offre une formation aux architectes qui souhaitent se spécialiser après leur diplôme ; reconnaître les pathologies de la pierre, construire un étaiement, se donner une déontologie de restauration, cela s’apprend.
En 2014, des architectes en formation à Chaillot ont compilé des sources et complété le relevé de la charpente de Notre-Dame. Ce travail met à disposition une documentation complète et technique sur cet ouvrage exceptionnel. À l’issue de cette formation, les élèves obtiennent le titre d’Architecte du Patrimoine. Ces derniers, sont les seuls à pouvoir intervenir sur les chantiers de réparation des monuments historiques classés.
Découvrir l’école de Chaillot.

L’institut National du Patrimoine

Il dispense une formation pour des conservateurs du patrimoine et aux restaurateurs dans sept domaines (métal, céramique, sculpture, mobilier, peinture…).
Découvrir l’Institut National du Patrimoine

Les universités

Au delà de ces deux grandes institutions, il existe des formations à l’université : Paris, Lyon, Saint-Étienne, Aix-en-Provence… Nombreux sont les parcours d’enseignement disponibles.

Il est possible de contester l’élitisme à la française et les modalités, parfois, archaïques de la pédagogie dans ces établissements, mais c’est un autre débat.
Comme toutes les professions à titre, il aussi possible de s’interroger sur le bien fondé de cette limite tracée autour de personnes ; privilège ou juste reconnaissance ? Voici encore un débat.
Dans tous les cas, ces formations permettent à des personnes d’être en capacité de discerner pour les meilleurs choix techniques et d’œuvrer concrètement à la restauration.

Chic, on a des établissements de recherche en patrimoine !

Le Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques

Il développe des programmes de recherche de pointe ; par exemple sur la résistance et la chimie.
Le LRMH est un Service à Compétence à National, soit une forme juridique d’établissement public. Ainsi, il diffuse des documents téléchargeables sur leur site. Ici, aussi le patrimoine et son savoir est un lieu de partage ; un bien commun.
Découvrir le LRMH

Centre des Monuments Nationaux

Pour la documentation, Le Centre des Monuments Nationaux, avec les éditions du patrimoine diffuse et met à jour des ouvrages détaillés et techniques, pour n’en citer qu’un ; Description et vocabulaire méthodiques de l’Architecture. C’est ouvrage spécialisé et d’un coût important mais il permet de partager et de diffuser un même vocabulaire. Si un jour on vous dit « T’a regardé dans le Pérouse ? », on vous demande si vous avez consulté cet ouvrage, dont l’auteur est Jean-Marie Pérouse de Montclos.
Découvrir les Éditions du patrimoine

Chic, on a des archives !

Le 15 avril 2019, c’est, entre autre, une charpente qui a brûlé. Mais, toutes les archives papiers des chantiers précédents sont conservées à la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine (MAP). En effet, les Architectes en Chef des Monuments Historiques, chargés de la restauration des monuments historiques classées, versent leur archives de travaux à la MAP.

La Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine

La MAP se chargent de la documentation liée aux services du patrimoine et aux monuments historiques. Sont ainsi classés et mis à disposition de tous, de précieux documents qui retracent la vie d’un monument. Vous pouvez explorer les bases de données à partir de la première page. Les bases se nomment Mérimée, Mémoire, Palissy, Médiathek… Concrètement, c’est pas ergonomique et peu attrayant comme interface, cela demande d’être initié. Et se déplacer à la MAP demeure indispensable pour de nombreux documents. Toutefois, le ministère de la culture a récemment ouvert un moteur de recherche plus facile à utiliser ; le « Moteur-Collections » et numérisé pas mal de photographies. La MAP est un établissement qui est Service à Compétence à National.

Le réseau des archives municipales, départementales et nationales

Pour les monuments historiques, c’est la MAP, mais pour les autres immeubles, les réseaux des archives municipales et départementales sont aussi une ressource pour acquérir des connaissances sur un immeuble. Là encore, cela demande d’être un peu initié. Mais de nombreux documents sont numérisés et accessibles depuis un navigateur et les salles de lecture sont ouvertes à tous gratuitement. Comme la piscine, mais en moins en cher ! Ce sont des services publics qui dépendent des collectivités territoriales.
Pour Notre-Dame, les archivistes des Archives Nationales ont même préparés un petit article spécial, avec des photographies anciennes !

Un réseau à entretenir

L’ensemble ces établissements et de ses titres professionnels sont réglementés par des lois réunies dans le code du patrimoine. Côte à côté, ils forment un réseau dans lequel circule informations, techniques, méthodes, huile de coude et passion !
Fragiliser ce réseau, par le financement irrégulier ou inégalement réparti, met en danger une chaîne de construction de connaissance historique et technique. Ce réseau s’incarne dans des personnes formées et se concrétise dans des outils de connaissances accessibles au plus grand nombre. Cela ne produit pas de la pure philanthropie mais une vraie disponibilité des sources à travers le temps et l’espace. Ce qui assure une meilleure réponse et réactivité face à des événements comme l’incendie d’une cathédrale. C’est l’espoir de pouvoir transmettre, dans des conditions correctes, une forme architecturale, une connaissance et….un peu d’émerveillement !

4 Replies to “Notre-Dame-De-Paris, un réseau public au service d’une restauration”

  1. Merci Claire de si bien rappeler le fonctionnement de ce réseau, peu connu du grand public et qui mérite d’être justement ravivé à nos esprits ! 😉

  2. En raison de cette haute valeur architecturale, les professionnels du patrimoine travaillent depuis plusieurs g n rations la conservation des difices, des techniques et des arts. Les 14 mus es de la Ville de Paris, g r s par l tablissement public Paris Mus es, r unissent des collections exceptionnelles par leur diversit et leur qualit , les premi res de France apr s celles de l tat. Le Petit Palais, les Catacombes, la crypte arch ologique du parvis de Notre-Dame, le Palais Galliera ou encore le mus e Carnavalet, sont quelques-uns des reflets de la richesse culturelle de la capitale.

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